
les Verfügbar désignaient les prisonnières qui avaient décidé de ne pas travailler pour les allemands. N’étant inscrites dans aucune colonne de travail, elles étaient corvéables à merci, « à la disposition » (zur Verfügung) des SS.
Ecrite au camp de Ravensbrück en octobre 1944 comme acte de résistance à la barbarie nazie, cette oeuvre de l’ethnologue Germaine Tillion n’est connue du public que depuis le printemps 2005, date de sa parution aux Editions de La Martinière.
Déportée à Ravensbrück le 21 octobre 1943, enregistrée comme “politique”, Germaine Tillion parvient à écrire une opérette-revue en 3 actes. Or, le fait même de se procurer de l’encre et du papier représentait une entreprise à haut risque. Se cacher pour écrire, mais aussi trouver le temps d’écrire dans l’existence harassante du détenu. Affectée au Bekleidung, le service du tri des vêtements issus du pillage allemand, arrivant par wagons entiers, Germaine Tillion prend le risque de refuser le travail en se cachant dans une caisse d’emballage. Le hasard et la solidarité des détenues la protègent, jusqu’à ce que la victoire alliée lui permette d’échapper à la destruction, d’elle-même et de son manuscrit.
Comme l’indique le manuscrit lui-même, Le Verfügbar aux enfers est une “opérette revue”. Il relève donc non seulement de la comédie musicale, mais du music-hall. Un genre inattendu pour décrire la condition de détenues concentrationnaires. Ce refus délibéré de l’esprit de sérieux est une technique de survie. [...] Ni apitoiement sur soi, ni victimisation, ni l’inverse, l’héroïsation. Le jour anodin sous lequel est présentée l’action des détenues dans la Résistance leur donne une allure d’antihéros plutôt que d’héroïnes. Mettre à distance le présent comme le passé, pour consacrer toutes ses forces à la survie.

Une expérience de vie pour deux classes de collégiens :
Ecrire le Verfügbar aux Enfers constituait pour Germaine Tillion qui risquait
ainsi sa vie et celles de qui l’y aidait un acte de résistance à la barbarie nazie.
Il s’agissait moins de faire une oeuvre que de lutter contre la déshumanisation imposée par le système concentrationnaire.
C’est pourquoi le Théâtre du Châtelet a tenu à associer des collégiens à cette création indissociable d’une
expérience humaine.
Deux classes de 3e des collèges Camille Claudel et
Evariste Galois du 13e arrondissement de Paris intègrent donc l’équipe artistique et rejoignent le choeur des Verfügbar.
Accompagnés par Bérénice Collet (mise en scène) et Danièle Cohen (chorégraphe),
ils travailleront tout au long de l’année et se produiront aux côtés de
la Maîtrise de Paris et de jeunes danseuses des Conservatoires municipaux
et du CNR de Paris.

Un travail de mémoire :
Dans ce projet, art et histoire sont intimement liés de par la nature même de l’oeuvre qui témoigne d’une des périodes les plus sombres de l’Histoire. Ainsi pour mieux saisir la spécificité de ce texte et en mesurer la portée historique, la classe du collège Evariste Galois projette de se rendre au Mémorial de Caen tandis que celle du collège Camille Claudel prévoit un voyage à Ravensbrück, du 27 au 29 avril 2007.
Une rencontre franco-allemande :
Par l’intermédaire d’Anise Postel-Vinay, camarade de déportation de
Germaine Tillion, le service du Jeune Public a appris que le Mémorial de
Ravensbrück, avec l’aide de la musicologue Gabriele Knapp, travaillait avec
une classe de collégiens du Carolinum Gymnasium de Neustrelitz
(Allemagne) sur un show multimédia d’après Le Verfügbar aux Enfers. Ils présenteront
leur travail au Mémorial le 3 juin 2007, à l’occasion du centenaire
de la naissance de Germaine Tillion.
Ainsi est née l’idée de faire se rencontrer au Mémorial la classe du Carolinum Gymnasium et celle du collège Camille Claudel.